Très humain plutôt que transhumain ? (par Alain Damasio)

La technologie nous donne un pouvoir accru sur le monde. Mais ne serions-nous pas en train de perdre quelque chose de très personnel, de très précieux ? La puissance. La puissance de vivre, d’agir par nous-mêmes, avec nos propres forces, notre puissance d’habiter le monde avec notre coeur et notre corps.

Brillante démonstration de l’écrivain Alain Damasio.

 

Retranscription :

Quand nous entrons dans une ville nouvelle et que nous utilisons le GPS en lui déléguant le pouvoir de nous guider, est-ce que nous ne perdons pas notre capacité à nous orienter ? A faire exister cette ville en chair et en volume ?

Quand j’utilise un smartphone pour traduire mes propos avec une étrangère à la terrasse d’un café, est-ce que je ne perds pas ma capacité d’être là, dans l’instant, à goûter cette situation inhabituelle, à ressentir cette envie pure d’aller vers l’autre ?

 

Si je définis le pouvoir comme la capacité de faire faire par opposition à la puissance qui serait la capacité de faire directement alors nous possédons un critère précieux pour essayer de conduire nos vies dans cette bulle bruissante d’outils, qui nous enveloppe.

 

L’intuition d’Alain Damasio est que l’accroissement de pouvoir que nous apporté la technique est allé de pair avec un accroissement de notre puissance.

La technique a ouvert et dynamisé nos facultés physiques et mentales.

Mais les courbes sont en train de s’inverser. L’accumulation massive des technologie qu’on nous propose se solderait par une diminution de notre puissance et même d’une forme latente et grave de dévitalisation.

 

Pourquoi en est-on arrivé là ?

 

Il y a 3 grands moteurs affectifs de notre pulsion technophile :

 

1) La technologie vient outiller nos paresses.

Elle facilite nos vies, diminue nos efforts car nous lui déléguons. On lui sous-traite notre fatigue. Nous sommes en train d’externaliser nos capacités cognitives dans la machine.

Par exemple : notre mémoire dans les moteurs de recherche, nos capacités d’orientation dans les GPS , notre aptitude à hierarchiser les tâches ou l’information dans des applis de planning, etc.

 

2) La technologie vient conjurer nos peurs.

En tête, la peur de la solitude qui est comblée grâce aux réseaux.

 

3) La technologie nous donne l’espoir de dépasser nos limites.

Y compris de nous libérer de la mort…

 

On arrive au courant transhumaniste.

Que veut celui qui veut reprogrammer son ADN, courir 100 km sans se fatiguer ou vaincre la mort ?

Il veut externaliser dans la technique ce que sa chair et son esprit ne sont pas capables de faire par eux-mêmes.

Le tranhumaniste croit qu’il manque à l’homme quelque chose.

Alain Damasio le clame :

l’homme a en lui absolument tout ce qu’il a besoin pour avoir une vie riche, intense et féconde.

Nous n’avons pas besoin de devenir plus qu’humains.

Soyons simplement « très-humains ».

 

Règles du très-humaniste :

1) Trouver un nouvel art de vivre dans notre rapport à la technologie : une sorte d’épicurisme technologique pour le temps présent.

Cela consisterait à dire : à chaque technologie qu’on me propose qu’est-ce qu’elle vient ouvrir ou fermer dans mon rapport aux autres et au monde.
2) Accroitre sa surface sensible, son spectre d’écoute et d’accueil.

 

3) Essayer de déchirer le techno-cocon pour retrouver un rapport avec l’extérieur, y compris la mort. Ceci nous rapprocherait des deux aphorismes d’Epicure :

« Vis chaque instant comme si c’était le dernier. »

« Vis chaque instant comme si c’était le premier. » Ce privilège sublime de l’enfant.

 

Agir, c’est sentir qu’on est une puissance, indépendamment de nos outils.

 

Vis chaque instant comme si c'était le

 

 

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