Les systèmes éducatifs basés sur les récompenses, le chantage et les punitions sont nocifs au développement et à l’épanouissement des enfants

« Si tu ne te tiens pas tranquille, tu n’auras pas de bonbons… « 

 » Si tu ne travailles pas bien à l’école, j’annule le voyage à Disney… « 

« Si tu continues à me parler sur ce ton, je t’inscris à la cantine ! « 

« Arrête de toucher mon sac, sinon… »

« Tu as bien travaillé, tu as le droit de regarder la télévision. »

Ces phrases vous semblent-elles familières ?

Les études ont montré que punitions, chantage et récompenses étaient plus des outils de manipulation qu’autre chose. Et dans autre chose, comprenons que notre objectif de parents est d’accompagner les enfants sur le route de l’autonomie, de la responsabilité et de l’épanouissement. Or, la manipulation rend dépendant d’une personne qui écoute d’abord ses propres besoins, envies et/ou duplique inconsciemment ce qu’elle a elle-même vécu.

Notons aussi que récompenses, chantage et punitions favorisent l’installation du célèbre triangle de Karpman : bourreau, victime, sauveur où chaque membre de la famille va tour-à-tour jouer un rôle de composition et alimenter des jeux de pouvoir au lieu se comporter avec authenticité et d’interagir avec lui d’égal à égal. Ce triangle est un douloureux piège qui nous poursuit toute la vie si nous n’y prenons pas garde.

Y réfléchir est un premier pas vers le changement.

 

À propos des récompenses

Mark Lepper, psychologue à Stanford, a proposé à des écoliers de faire des dessins. Avant cela, il a promis à certains d’entre eux qu’ils recevraient une médaille. Ainsi fut fait.

Quelques semaines plus tard, l’expérience se réitéra. On invita de nouveau les enfants à dessiner.

Bilan : les enfants qui avaient reçu une médaille passèrent beaucoup moins de temps à dessiner que les autres.

Selon Mark Lepper, les enfants se sont dit : « quand on me donne une récompense, c’est que je ne suis pas censé aimer ce que je fais. Or, j’ai reçu une médaille donc je n’aime pas dessiner. »

En gros, les récompenses diminuent le plaisir et la motivation pour la réalisation de tâches initialement plaisantes.

 

Quid des tâches déplaisantes ? La promesse d’une récompense est-elle motivante ?

Richard Wiseman a mené l’enquête en proposant à deux groupes de volontaires de passer une après-midi à ramasser des détritus dans un jardin public. Un des groupes a reçu une rémunération importante pour cela tandis que l’autre ne recevait que quelques centimes.

Au bout d’une heure de travail, les volontaires ont été interrogés sur la qualité de leur après-midi. Quelle note attribueraient-ils à leur activité de nettoyage.

Etonnamment, ceux qui avait perçu une rémunération conséquente ont décerné une note de 2/10 tandis que les autres ont noté leur expérience 8,5/10 !

Le raisonnement psychologique est donc le même que pour le dessin : si j’ai été payé cher, c’est que je ne dois pas aimer ce que je fais car je n’ai pas besoin d’une grosse rémunération pour faire quelque choses qui me plait.

 

À propos des punitions

Voici 10 raisons d’abandonner les punition selon Isabelle Filliozat (cf sur son site ):

  • Elles s’adressent aux symptômes, et non aux causes des problèmes. Et rien que pour cela, chacun devrait les éviter. Comme le problème ne sera pas résolu, il ne manquera pas de se manifester à nouveau par d’autres comportements déviants, entraînant fatalement une escalade.
  • Elles évitent à l’enfant de faire face aux conséquences de ses actes et donc l’éloignent du sentiment de responsabilité. Comme l’enfant « paye » par la punition, il se vit comme exonéré de la faute, et ne s’y attarde donc pas davantage.
  • Les émotions causées par la punition stimulent le circuit de stress et empêchent l’enfant de réfléchir à ce qu’il a fait. La mémoire fonctionne, oui, mais l’enfant mémorisera le stress, la crainte, la colère, et non pas ce qui aura déclenché la punition.
  • Les punitions n’enseignent que la peur du gendarme et non pas responsabilité et autodiscipline. Elles empêchent la prise de conscience des conséquences de l’acte commis en détournant l’attention de l’enfant vers des sentiments négatifs à l’égard du parent : sentiment d’injustice, colère, crainte…
  • Elles font honte à l’enfant et donc bloquent plus encore le processus sain du sentiment de culpabilité qui aurait permis de prendre conscience de l’acte commis au profit du sentiment d’être mauvais en tant que personne. Lequel sentiment n’apportera bien évidemment aucun progrès.
  • Elles altèrent l’attachement et la confiance dans la relation parent-enfant, et « vident » le réservoir de l’enfant, posant ainsi les conditions d’un nouveau dépassement de bornes.
  • La peur et la honte engendrées par les punitions inhibent les fonctions cérébrales supérieures, ce qui a un impact sur les performances intellectuelles, la vie émotionnelle et la socialisation.
  • Les parents punissent parce qu’ils sont dépassés et impuissants. L’enfant le perçoit et perd confiance en ses parents, cela l’insécurise, et cette insécurité se manifestera par davantage de comportements déviants.
  • Le parent perd de l’autorité progressivement, d’une part parce que l’enfant finit par se protéger de ses sentiments désagréables par un « Je m’en fiche » et d’autre part parce que, du fait de leur inefficacité sur le moyen et long terme, les punitions doivent être de plus en plus sévères. Punir n’est pas manifester son autorité. Nous punissons par manque d’autorité !
  • De plus, les punitions étant souvent infligées sous le coup de l’exaspération, elles sont souvent irrationnelles, disproportionnées et sans rapport avec le comportement problème.

Quelques idées pour sortir du système récompenses, le chantage et les punitions

  • Remplacer « si » par dès que
    Pour être plus complet, la phrase qui fonctionne bien est celle-ci :
    « Dès que ceci sera fait, je suis d’accord pour que vous jouiez au ballon … »
    Cette manière de s’exprimer permet à chacun de comprendre qu’il y a un enchainement logique aux actions et que vous menez la danse en vous appuyant sur vos besoins (puisque vous exprimez votre accord ou votre désaccord). 🙂
  • L’amour, l’attention et l’écoute empathique : « je t’aime parce que tu es toi », « je te regarde » « je t’écoute » « je vois que tu es blessé/triste/… » C’est une base pour rétablir des rapports dépollués de condition et autres rapports de forces. L’enfant se sentira considéré, en sécurité émotionnelle et affective et apprendra à verbaliser sans violence ses besoins/émotions. Moins de stress, plus d’écoute, plus d’harmonie.
  • L’expression de nos sentiments agréables quand l’enfant adopte un comportement voulu et la description de ce que nous voyons (sans jugement): « j’aime te regarder faire ceci… » Ainsi, l’enfant à une preuve d’attention, un support de visualisation/mémorisation (la description de ses actes)  et est encouragé à recommencer.
  • La proposition de choix : « tu préfères te laver les dents maintenant ou après avoir mis ton pyjama ? » En proposant des choix, l’enfant sent qu’il a du pouvoir, s’habitue à prendre des décision et il s’engagera d’autant mieux dans les actions (motivation intrinsèque).
  • Décrire et interroger sur les conséquences logiques sans juger, donner des informations pour laisser l’enfant trouver une solution et permettre la réparation : « en tapant ainsi ta soeur, elle pleurera et ne voudra surement pas jouer avec toi à l’avenir. » « Tu as choisi de mettre les sandales au lieu des bottes. Il pleut. Comment seront tes pieds une fois qu’on sera à l’extérieur ? est-ce agréable ? » « je te fais confiance pour réparer. »
  • « Stop », « go » et règles : le mot « stop » permet de stopper un comportement. Et de rediriger vers un comportement autorisé (« go »). Les comportements autorisés font partie des « règles », à établir, expliquer, afficher… et à « adapter » en cas d’incohérence ou de meilleure proposition.
  • Formulation positive : au lieu de dire ce qu’il ne faut pas faire, dites ce que vous attendez. « Je t’ai dit de ne pas jouer avec la télécommande ! » sera remplacé par « tu peux jouer avec ton train électrique ». (et pour éviter les tentations, rangez la télécommande).
  • Jeu et imagination : les enfants ont une imagination débordante, profitons-en ! Nommez-le « shérif du rangement » ou demandez-lui s’il se sentirait capable d’avaler une glace aussi grande qu’une fusée et même plus (l’imagination satisfait l’envie)!
  • Rituel de gratitude+tableau des routines
    Chaque jour, évoquez ce que vous avez apprécié en décrivant notamment les comportements de votre enfant. Ecrivez-le et/ou prenez-le en photo en action pour ensuite confectionner un tableau des routines.
  • L’exemplarité :
    Les meilleures enseignements sont donnés par l’exemple ! Reprenez chaque point ci-dessus et voyez comment vous agissez vous-même avec des adultes par exemple. Les enfants observent et imitent. L’exemplarité est une technique très efficace (mais demande une certaine prise de recul empreinte de pleine conscience) !
  • Faciliter l’expression émotionnelle : l’aide à la verbalisation et l’empathie vous aideront. « je vois que tu es triste… » « Que ressens-tu ? » En effet, le cerveau des enfants est immature. Il ne peut pas gérer les émotions et les apaiser seul pour ensuite reprendre le contrôle de son cortex préfrontal (siège de la logique et de la réflexion). Ainsi, celles-ci sont susceptibles de « déborder » maintenant ou plus tard. Plus tard car il est possible que l’enfant enfouisse une émotion qui va gagner en puissance et s’exprimer plus violemment bien après l’évènement déclencheur…(plus d’outils ici)
  • Aider l’enfant à satisfaire ses besoins fondamentaux
    En effet, les besoins fondamentaux insatisfaits déclenchent une émotion à l’origine d’un comportant visant à satisfaire ce besoin. Le problème est que l’enfant ne sait souvent pas comment faire pour remplir ce besoin. Il peut donc se comporter de façon inappropriée : casser des jouer, crier, partir en courant, déclencher un conflit,… (liste des besoins).
  • Renforcement positif : remarquer sans juger un comportement positif renforce son adoption par l’enfant. « Je vois que tu as mis tes chaussures tout seul ».

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